Interview de Mee Yung: artisan brodeur, passionnée par son métier !

Bonjour à tous!

Aujourd’hui je reviens avec un nouvel article interview qui j’espère vous plaira.

J’ai découvert récemment le don bluffant de Mee Yung, artisan brodeur depuis déjà quelques années. Je suis tombée directement sous le charme de ses créations 100% fait-main. Eh oui! La passion et la patience  sont les maîtres-mots de la talentueuse Mee Yung. De l’étendard à de la broderie sur soie et sur cuir, en passant par des blasons, cette talentueuse artisane possède véritablement des doigts de fée. Et ce n’est pas son site internet qui montrera le contraire …

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De fil en aiguille, elle se livre totalement sur son formidable métier. Mais aussi sur ses passions, ses motivations, ses inspirations jusqu’à même se confier, avec sincérité, sur ses relations avec son pays natal: la Corée du Sud.

Je vous laisse donc en tête à tête avec Mee Yung!

deco-site

  1. Bonjour Mee Yung, pouvez-vous vous présenter en quelques mots à mes lecteurs ?

Bonjour, je suis artisan brodeur depuis fin août 2012. J’ai obtenu mon bac STT (Sciences Technologies Tertiaires) option ACC (Action et Communication Commerciale), en 2001. J’ai 36 ans (même si on ne m’en donne à peine 30 ans ^^). Je suis adoptée d’origine coréenne. J’ai été assistante trilingue (avec l’anglais et l’allemand) durant près de 10 ans.

2.Entre broderies et écritures, votre cœur balance ?

Pas du tout !

L’écriture est un passe-temps pour pouvoir mettre par écrit ce que l’on peut ressentir. La plupart des poèmes ont été écrits en quelques minutes ! C’est ce que l’on appelle l’écriture automatique ou l’inspiration. Mais cela m’arrive très souvent d’avoir la page blanche ^^’

La broderie est mon métier. Souvent, quand j’annonce que je suis artisan brodeur, on me pose la question « Mais tu fais quoi d’autre à côté ? » Être artisan signifie se consacrer à 100%, si ce n’est pas à 200%, de son temps à son artisanat. De ce fait, il n’y a pas de possibilité d’avoir un emploi salarié …

3.Quelles ont été vos motivations pour lancer votre site/boutique ? Que peut-on y trouver plus spécifiquement ?

C’était en 2000. J’avais réalisé un chapeau pour le carnaval du lycée. Il était si bien fait que beaucoup m’ont demandé si je l’avais acheté. J’avais trouvé cela flatteur.

J’ai voulu m’inscrire dans un BTS stylisme mais on m’a refusé l’entrée car je n’avais pas pris la bonne filière. Alors, je suis partie sur Paris pour occuper divers postes dans le secrétariat trilingue. Mais je n’avais pas pour autant mis de côté le projet de me lancer dans un domaine plus créatif et artistique. Cela m’a pris plus 10 ans de réflexion pour me lancer.

Je réalise, à la main, des broderies historiques (que ce soit dans le design ou les techniques utilisées). Bien sûr, il m’arrive d’avoir des commandes particulières et, ce, de plus en plus. Dans mes réalisations, la machine n’intervient que très peu : uniquement pour faire les coutures. Et encore ! Je termine toujours avec de la couture main ^^

Une chose à ne pas oublier quand on s’adresse à des artisans : il fait surtout sur commande ! Donc n’hésitez pas à discuter avec eux : on ne va pas mordre 😉

4. D’où vient cette passion pour la broderie ? Depuis combien de temps maintenant vous passionnez-vous pour cela ?

Ça a commencé en 1999. C’était un passe-temps pour essayer de canaliser ma nervosité. Par la suite, c’est devenu un loisir, puis une passion dévorante. Au point d’en faire mon métier. J’ai toujours eu une passion pour l’Histoire. Alors mélanger les 2 n’a pas posé de souci : bien au contraire ! Cela donne beaucoup plus de challenge.

Surtout vu les commandes particulières que je peux avoir : je suis amenée à faire des recherches sur les techniques mais également les matières utilisées pour une époque donnée. Par exemple, ce n’est qu’à partir du 14ème siècle que l’on a commencé à porter du velours en Europe, qui lui venait du Moyen Orient. Donc pour une broderie viking : cela pose problème ! Sans oublier les techniques.

Je ne vais non plus retracer tout l’historique de la broderie mais elle est intrinsèquement liée à l’évolution sociétale : plus la production de produits manufacturés augmente, moins la réalisation de broderie était chère. Mais quoiqu’il en soit, cela reste toujours un produit assez élitiste …

De plus, c’est toujours satisfaisant de réaliser quelque chose de ses propres mains : cela donne un autre rapport au travail. On se rend compte que faire quelque chose d’artisanal prend énormément de temps. Passer environ 10h par jour à réaliser une pièce unique n’est pas donné à tout le monde.

Je précise que je suis autodidacte : je n’ai aucun diplôme dans le domaine. Et je prends moi même des cours de broderie afin d’apprendre davantage de techniques.

Lors de mon dernier marché (Cidre & Dragon, à Merville-Franceville, dans le Calvados), j’ai passé pratiquement 2h à discuter avec des personnes qui, elles, n’ont pas vu le temps passé. J’ai parlé de mon métier avec tellement de passion qu’ils étaient captivés par mes paroles. Parmi ces personnes se trouvaient 2 garçons. Habituellement, on a du mal à attirer l’attention le public masculin à ce genre d’activité et pourtant …

5.Pouvez-vous nous présenter une création dont vous êtes particulièrement fière ?

Il y en a 2 dont je suis vraiment fière et pour cause !

La première : l’étendard du Gondor (cf Le Seigneur des Anneaux). Cela m’a demandé 130h de travail à la main. Lors de l‘Avant Première du 3ème volet du Hobbit, à Paris, je l’avais et j’ai eu droit aux félicitations de Peter Jackson lui même ! J’étais vraiment aux anges car sur le moment, j’ai cru qu’il ne l’avait pas remarqué. Mais au final si ^^

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La deuxième : l’étendard de l’Alliance (CF film Warcraft). Cela m’a demandé près de 200h de travail. Duncan Jones (fils de David Bowie) a retwitté mon post avec la photo et la vidéo du timelapse (je suis également présente sur Youtube ^^) : Je n’ai  pu contenir ma joie aussi  ^^.

Cela fait 2 personnalités, et pas des moindres, qui admirent mon travail !

Certains amis artisans m’ont récemment reproché de ne pas jouer là dessus … J’avoue que j’ai un peu de mal avec ça mais je sens bien que leur conseil est bon ^^’

6. Combien de temps prenez-vous, pour réaliser une broderie sur étendard, par exemple ? Qu’utilisez-vous comme matériaux ?

Tout dépend du budget et des desiratas du commanditaire

Le plus souvent, il n’excédera pas les 1000€ (et c’est déjà une somme à débourser ! ). Donc là, je vais plutôt proposer du coton sur du coton.

Pour l’étendard de Lordaeron (étendard brodé coton sur coton, dimensions de 45cm * 55cm), cela a nécessité environ 95h de travail, soit 950€, hors fournitures.

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Pour exemple : si je devais vendre l’étendard de l’Alliance (broderie réalisée entièrement au fil d’or – environ 414m – sur du velours de soie, doublé de mousseline de soie), j’en demanderai au moins 2 500€ (200h de travail + 400€ de fournitures) mais celui ci n’est pas à vendre : je l’ai fait pour le challenge et mon book 🙂

7.Vous êtes née en Corée du Sud. La Corée du Sud est-elle pour vous, une source d’inspiration ? Et plus généralement, d’où vient votre inspiration ? Il y a-t-il un univers qui vous passionne le plus ?

Cela va vous décevoir mais … La Corée du Sud n’est pas vraiment une source d’inspiration. Cependant, lors de mon dernier voyage en Corée, en avril dernier, j’ai pris des cours afin d’intégrer à mes futures réalisations des techniques de broderie coréennes. En revanche, j’ai bien réalisé quelques broderies au motif bien asiatique sur de la soie de Corée avec des techniques occidentales, afin de créer un lien entre les 2 cultures.

Je tiens à préciser que la Corée, suite à la décision de certains rois, notamment le roi  Yeongjo, a perdu une grande partie de son savoir-faire en la matière, durant près de 300 ans …

Pour le drama The Royal Tailor (Sanguiwon, transcription anglophone), il a fallu près de 4 ans de recherche pour reproduire les broderies d’or de l’époque !  4 ans de recherche : ce qui est énorme. Tout ça parce qu’il n’y a pas eu de transmission de savoir.

C’est un peu la situation actuelle en France, pays de la Haute Couture, avec des artisans travaillant dans les ateliers.

J’ai eu une stagiaire en mars dernier (ma toute première 🙂 ). Elle fait un CAP broderie. Elle m’a expliqué que ses professeurs lui ont carrément dit : « Sans diplôme, inutile de se lancer de façon indépendante ! » et partant de là, être obligatoirement salarié d’un atelier de haute couture …

J’ai été, un peu, estomaquée d’un tel propos !

Je n’ai pas de diplôme dans ce domaine et pourtant :  je gère une auto-entreprise et je suis indépendante. Je dois être un véritable OVNI pour eux alors !

Pour en revenir à l’inspiration, je la trouve plutôt dans l’Histoire européenne (notamment nordique) mais également dans l’univers médiéval fantastique (Le Seigneur des Anneaux, World of Warcraft,  …) sans oublier l’architecture ou même dans l’univers fantastique (le steampunk)

8. Quel rapport entretenez-vous avec la Corée du Sud ? Y retournez-vous régulièrement ? Dites-moi tout !

La Corée est mon pays d’origine. Et mes relations avec sont assez chaotiques.

Après chaque voyage fait au pays natal, je me retrouve à déprimer : être coupé(e) de ses racines est une chose que je ne souhaite à personne. C’est très dur de réintégrer sa culture d’origine.

A titre d’exemple, il sera plus facile pour vous d’apprendre le coréen que pour moi. Pourquoi ? Parce que vous n’avez pas vécu l’abandon par votre pays natal.

Si vous faites des fautes quand vous parlez coréen ou même si vous ne maîtrisez pas totalement le coréen : vous serez pardonné facilement. Ce qui n’est pas forcément le cas avec les adoptés coréens …

De mon côté, je dois vraiment tout réintégrer : façon de penser, langue etc …

J’ai un gros blocage psychologique par rapport à ça : « Pourquoi ferais je l’effort d’apprendre le coréen alors que mon pays natal m’a abandonné ? »

J’ai discuté de ce problème avec d’autres adoptés. Pour beaucoup, c’est le même constat : ils ont du mal à apprendre le coréen …

L’an dernier, j’ai entamé des démarches juridiques pour faire apparaître mon prénom coréen sur mes papiers d’identité. J’estime que c’est important d’indiquer que je suis issue, non pas d’une seule culture (la culture française), mais de deux cultures. Étant donné que c’est dans le cadre d’une adoption plénière, c’est assez compliqué …

Quand j’y suis allée pour la première fois en 2004 : je n’ai eu droit qu’à des regards gênés ou tristes. C’était un voyage pour découvrir mon pays natal !

Mon deuxième voyage a eu lieu en 2005. C’était pour passer du temps avec ma famille biologique, notamment ma mère. J’ai eu l’impression que les adoptés étaient un peu mieux acceptés.

J’y suis retournée en 2009. Cette fois ci, c’était un peu différent car j’y suis allée avec d’autres coréens adoptés. Nous étions environ une centaine venant d’un partout du globe.

Nouveau voyage en 2013, c’était via le magazine Kpop Life avec leur programme « Let’s go to Seoul ». Je précise que je ne suis pas fan du tout Kpop … C’était surtout pour des articles sur la société coréenne ou même l’Histoire.

Plus récemment, en avril dernier, j’ai pu voyager à travers la Corée (avec un petit détour par le Japon) : Séoul (bien entendu) mais aussi Busan, Jeju, Kyongju. D’ailleurs, mon compagnon a fait un vlog sur notre voyage ^^

Cela fait 5 voyages effectués au pays natal mais il y encore des endroits que j’aimerais voir, notamment la partie nord est de la Corée du Sud 🙂

9. Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

Dans un premier temps : un peu de repos bien mérité ! Et oui, pour énormément d’artisans, l’été est la saison des marchés médiévaux. J’en ai fait pas mal entre mi mai et le week end du 18 septembre. En gros, 6 mois de travail intense (où on oublie vacances, week ends et jours fériés) et 6 mois pour s’occuper de réaliser de nouvelles créations.

Au cours des 6 prochains mois, je ferai des incursions dans l’univers cyberpunk (en y intégrant des morceaux de circuits imprimés) tout en continuant les réalisations sur l’univers médiéval fantastique.

D’ici fin octobre, je vais devoir faire un bilan pour savoir quels marchés sont les plus intéressants pour moi.

Un immense merci à Mee Yung! Merci d’avoir répondu à mes questions avec autant de sincérité. J’ai adoré en savoir plus sur votre métier, votre passion. Merci de vous être livrée, à cœur ouvert, sur vos relations avec votre pays natal (témoignage très enrichissant). Je vous souhaite le meilleur dans vos entreprises pour les années à venir, sincèrement,

Pauline ^^

♡ Bonus ♡

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